Limonov
Auteur : Emmanuel Carrère
Éditions P.O.L. , 2011, 481 pages
Prix Renaudot
L’histoire
C’est celle d’Edward Limonov de sa naissance à aujourd’hui. On le suit depuis Kharkov en Ukraine où il grandit et commence déjà à “mal tourner”jusqu’à Moscou où il réside maintenant, en passant par New York où il passe de la rue à une maison de millionnaires, l’Asie Centrale où il vit comme un berger et la Serbie qu’il rejoindra dans la lutte. C’est l’histoire d’un homme qui a une soif d’absolu et qui la vie dans les tourments de son époque.
Ce que j’en pense
Je ne vais pas vous faire attendre : j’ai adoré. Je n’avais jamais lu Emmanuel Carrère avant, et je connais très mal l’histoire de la Russie. Eh bien je suis contente que ces graves lacunes soient réparées.
L’histoire de Limonov n’est pas si passionnante que ça, pourtant. C’est un sale type à mon avis, et de surcroît plus ou moins raté. Mais ce qui est fascinant, en revanche, c’est à travers lui de découvrir la naissance du mouvement punk, l’underground de Russie, toute cette culture qui n’a jamais passé les frontières mais qui pourtant nous a tellement influencé. Quand on lit la vie de Limonov, on se rend compte à quel point le mot punk est galvaudé chez nous à présent : le look est devenu hype, tendance… mais ce qui fait de quelqu’un un punk, on l’a oublié, on ne veut plus l’entendre. Le punk, c’est la contestation et la violence avant tout.
Sous la plume d’Emmanuel Carrère, ce qui pourrait être une biographie fastidieuse et assez décousue devient une conversation. Du début à la fin, Carrère essaye de comprendre la logique de Limonov : le pourquoi de ses actes et de ses choix, de ses idées si floues mais portant tranchées. Il nous dresse un portrait psychologique du punk assez effarant. Un gars envieux, ambitieux, haineux aussi, n’existant que dans la révolte, n’étant grand que dans la provocation. Emmanuel décortique pour nous le personnage, car Limonov s’est construit une image sulfureuse comme on construit une forteresse.
Carrère explique aussi la Russie, les russes, les changements politiques et sociétaux. Il donne des noms, beaucoup, qu’il demande au lecteur de retenir. A travers Limonov, il fait une petite étude des russes de la diaspora. Cette histoire des russes, nécessaire pour comprendre Limonov et l’univers dans lequel il évolue, devient prétexte a de grande digressions, des questionnements sur l’avenir, et des comparaisons entre la vie de l’auteur et celle de Limonov.
C’est un trait du style de Carrère que j’aime beaucoup : il écrit à la première personne et ne se cache pas. Pas de grandes fioritures, pas de passages poétiques, non, juste l’auteur, ce dont il rend compte, et ses questions. Quelquefois il n’y a même pas de questions, juste des remarques sur des évènements qui l’ont laissé songeur . D’autres fois Carrère raconte carrément un pan de sa vie avant de revenir au récit. C’est un reporter, un journaliste gonzo comme je les aime.
Le jour où j’ai fini ce livre, on parlait de Limonov dans les journaux : il venait d’être arrêté au cours d’une manifestation anti-Poutine. Ce livre lui a donné une certaine notoriété en France et a levé l’embargo qui pesait sur sa production ; les médias l’auraient-il mentionné sinon ? Pour ma part, la petite leçon d’histoire politique de Russie donnée par Emmanuel Carrère m’a bien servie, puisqu’en lisant les dépêches j’ai compris les enjeux de ce qui se passait.
Liens
Limonov sur Wikipédia Éditions P.O.L CRITIQUES : Un très bon dossier sur Emmanuel Carrère La République des Livres Le Magazine Littéraire Actualités du Monde sur Limonov


Naïf. Super.


La rentrée mondaine ou shut your damn game off
Je raccroche le téléphone. Encore. Et je retourne compulsivement jouer au Bubble shooter. J’aime bien le petit bruit que ça fait quand elles éclatent, ça me procure une satisfaction du travail bien fait. Je suis devenue assez douée, je me laisse rarement déborder maintenant.
Tout a commencé au retour d’un barbecue, justement. Alors qu’avec mes cousines nous allions nous prendre un pisse-mémé dans la cuisine, sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller la maison endormie, nous tombons face à… ma mère et sa sœur, scorant comme des pros sur bubble shooter en pleine nuit. Nous avons ri avec un brin de condescendance à ces parents accros à l’ordi, et avons pris note camomille comme des vieilles.
Deux semaines après, me voilà accro à mon tour. Et ce soir, j’ai organisé un barbecue à l’arrache. J’ai vraiment autre chose à faire que d’éclater des bulles. Mais quand même, juste une dernière partie…
Pour couronner le tout, c’est un barbecue AVANT la grande braderie. Scandale au pays Lillois. Avant la grande braderie il n’y a JAMAIS rien. Pas de concerts, pas d’expos, pas de ducasse, rien. La grande braderie marque le coup d’envoi de l’année, c’est comme une inauguration grandiose. C’est assez sympa de rentrer de vacances et d’avoir cette fin de mois d’août morne et paisible pour se faire une transisition agréable vers la rentrée et la vie qui court.
Sauf que quelque fois, ça arrive mais c’est rare, les gens s’emmerdent. Grave. Et quand il y a QUELQUE CHOSE A FAIRE OH MON DIEU VITE VITE INVITONS TOUS NOS POTES ! Et me voilà avec 150 invités à mon barbecue à l’arrache, en train de jouer au Bubble shooter.
Il m’a suffit de penser au charbon, aux assiettes, au ketchup, à machin que j’ai oublié d’inviter mais qui vient quand même et qui va faire la tronche, à la pluie qui s’annonce, aux gens qui se connaissent pas et si ils se détestent ? Il va falloir parler à tout le monde et être sympa, relou… et puis cette hystérie des gens qui ne se sont pas vu depuis SI LONGTEMPS ! ET RACONTE MOI TES VACANCES ! Bon de toutes façons là désolée j’ai un truc à faire, j’éclate des bulles. Non, franchement, j’arriverai en retard je crois. Ils auront tous un coup dans le nez, ça se verra pas.