Bientôt le printemps ou les éternels recommencements

L’autre jour je regardais LUCY, le film de Luc Besson. Je ne vais pas en faire la critique, ce film est NUL. Et pourtant je suis bon public sur la SF. Mais quand même il y avait cette phrase : « le but ultime de tout être vivant, c’est de transmettre. » C’est dingue que dans un film aussi pourri il puisse y avoir une perle comme ça. Et en même temps j’aime bien citer des navets, ça calme tout le monde en soirée, faut reconnaître. Les gens intellectuellement comme il faut ne regardent pas de navets il parait.

Bref, je me faisais la réflexion que si on prend cette idée en faux, cela veut dire que qui n’a rien à transmettre 1/ ne sert à rien et 2/ a une vie vide de sens. Ca fait mal, non? Si on continue sur cette idée, cela veut dire aussi que la vie sans l’autre et sans relation à l’autre n’a aucun sens; ce n’est pas parce que je fais des projets de fou, des voyages, que je développe un algorythme génial au fin fond d’une cabane dans la montagne que je remplis l’objectif de ma vie. L’objectif de ma vie biologique.

L’objectif de ma vie : accumuler de la connaissance et la transmettre donc. C’est pas très sexy. Est-ce que vous auriez signé pour ça? C’est comme si la recherche de productivité avait gagné aussi les questions spirituelles. La recherche de connaissances en particulier illustre bien l’époque actuelle, où l’on avance vers le progrès à un rythme effréné. Et si vivre suffisait comme but à la vie? Ou plutôt et si les connaissances que nous avions à accumuler et à transmettre ne concernaient que notre humanité crasse et ce qu’elle a de plus beau, des choses complètement inutiles? Faut-il être efficace pour réussir sa vie?

Dans ce film, il y a aussi une autre idée philosophique : une cellule en milieu hostile a tendance à devenir indestructible, alors qu’en milieu favorable elle se reproduit. Et là… Luc Besson marque un point. Parce que ce que je vois autour de moi, c’est que les gens justifient souvent la réussite de leur vie par leurs enfants. « Ok, on a des enfants, on les élève et on a rempli notre rôle correctement sur cette terre ». Peut-être ils ont raison. Peu importe, ce qui est intéressant pour moi c’est ce qui se passe en milieu hostile.

Qu’est-ce qu’un milieu hostile? On peut imaginer un pays en guerre, une dictature, des conditions de vie hostiles… Mais chez l’homme, aucun de ces contextes n’empêche la fertilité. Mis à part l’infertilité biologique, la plupart du temps ce qui empêche l’homme d’être fertile… c’est l’homme. Les politiques de natalité, les conditionnements sociaux, les impossibilités démographiques post-conflit ou liées à des comportements sociaux (naissances favorisées des garçons). Certes, il existe également une pression sociale pour procréer.

Maintenant si on considère la fertilité du point de vue de la connaissance transmise, cela devient plus compliqué. Cette fertilité là est la seule qui reste aux « infertiles biologiques », individus ou sociétés. En Chine et en Inde, là où la démographie oblige beaucoup d’hommes au célibat, le niveau scientifique des recherches menées est très haut. Mais cette production – transmission de connaissance n’est pour la plupart des gens que secondaire pour réussir sa vie. Les hommes et femmes qui ont tout sacrifié pour la science, la découverte de nouveaux champs de savoir, pour une amélioration de l’humanité, on les admire mais on ne voudrait pas être comme eux; ni d’ailleurs que nos enfants soient comme eux. Souvent on se justifie en disant « je n’en serai pas capable ». Mais est-ce vrai?

Et s’agit-il d’un choix? Procréer ou savoir? N’est-on pas censé faire les deux quand on le peux? L’éducation des enfants doit-elle signifier le deuil de toutes les autres vocations? Et vice-versa : ne pas avoir d’enfants est-il une dispense pour transmettre?

Parfois l’esprit achoppe sur une petite phrase anodine cachée dans un navet…

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Une histoire de métro.

Cet après midi une rame de métro a brûlé à Rihour. Ils ne savent pas si c’est une attaque terroriste, ou si c’est un accident, j’ai demandé au médiateur en orange qui fait le pied de grue devant la bouche de Place des Postes.

Il faut que je rentre à pied chez moi, les stations de Vélille sont vides. Les gens marchent vite, il y a des foules denses et rapides, des flux dangereux. Des enfants pleurent d’être traînés par des mères pressées. Le temps est à l’orage, il a fait beau toute la journée et maintenant de gros nuages s’amoncellent au dessus de nos têtes. On sent parfois quelques gouttes, mais par cette chaleur elles sont évaporées avant de toucher le sol : pas de marques.

 

Je remonte la rue des Postes, embouteillée. Transpôle a mis en place un genre de service de secours avec des bus bondés qui remontent l’avenue, les gens crient quand ils montent parce que c’est trop serré. Certains en ont pris leur parti et se sont installés en terrasse de café pour jouir peinard du spectacle. Je me souviens d’avoir fait ça avec un ami, il y a trois ans, on ricanait de voir les gens courir sous la drache commençante, quand une rafale de vent a emporté l’auvent du bar : on a été trempés comme les autres.

Alors je hâte le pas en traversant la rue Brûle-Maison : avec de la chance je ne serai pas mouillée. C’est fou ce qu’il y a de voitures, et de gens qui klaxonnent. Pourtant l’air moite devrait plutôt les rendre apathiques que nerveux, mais l’électricité est palpable dans l’air, cette fois l’expression prend son sens littéral. Lorsque je passe devant la petite menuiserie africaine, les meubles sont rentrés et les menuisiers devisent gravement au dehors en montrant le ciel. S’il pleut maintenant, je suis foutue. Ou bien j’ai une amie dans le coin, j’irai sonner ? Je crains un déluge qui transforme la rue en pataugeoire.

Quand j’arrive à République je vois que les métros sont fermés. Les piles de journaux du soir, encore liées, s’entassent devant l’escalator immobile. Les gens traversent le boulevard de la Liberté n’importe comment, par vagues affolées. Les automobilistes avancent par a-coups, comme apeurés de voir cette foule hagarde s’en prendre à eux. Ils semblent pathétiques dans leurs habitacles, perdus et désorientés. Seuls les conducteurs de bus continuent leur train-train rassurant, c’est peut-être pour cette raison que des grappes de personnes s’y engouffrent régulièrement, comme si le bus passait par hasard ou qu’ils avaient une impulsion subite.

Je remonte la rue de Béthune. Les petites robes à fleur sont fanées, les coiffures élaborées pendouillent, les débardeurs décolletés collent, justement. Cette foule a dû être chic, il y a une heure ou deux. Maintenant, ils ont l’ait de réfugiés cherchant un abri d’urgence.

Un monsieur regarde la rue mouvante par sa fenêtre, puis s’en détourne et la ferme.

Je crois que je vais faire pareil. L’orage arrive.  

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Limonov d’Emmanuel Carrère

Limonov

Auteur : Emmanuel Carrère
Éditions P.O.L. , 2011, 481 pages
Prix Renaudot
 

L’histoire

C’est celle d’Edward Limonov de sa naissance à aujourd’hui. On le suit depuis Kharkov en Ukraine où il grandit et commence déjà à « mal tourner »jusqu’à Moscou où il réside maintenant, en passant par New York où il passe de la rue à une maison de millionnaires, l’Asie Centrale où il vit comme un berger et la Serbie qu’il rejoindra dans la lutte. C’est l’histoire d’un homme qui a une soif d’absolu et qui la vie dans les tourments de son époque.

Ce que j’en pense

Je ne vais pas vous faire attendre : j’ai adoré. Je n’avais jamais lu Emmanuel Carrère avant, et je connais très mal l’histoire de la Russie. Eh bien je suis contente que ces graves lacunes soient réparées.

L’histoire de Limonov n’est pas si passionnante que ça, pourtant. C’est un sale type à mon avis, et de surcroît plus ou moins raté. Mais ce qui est fascinant, en revanche, c’est à travers lui de découvrir la naissance du mouvement punk, l’underground de Russie, toute cette culture qui n’a jamais passé les frontières mais qui pourtant nous a tellement influencé. Quand on lit la vie de Limonov, on se rend compte à quel point le mot punk est galvaudé chez nous à présent : le look  est devenu hype, tendance… mais ce qui fait de quelqu’un un punk, on l’a oublié, on ne veut plus l’entendre. Le punk, c’est la contestation et la violence avant tout.

Sous la plume d’Emmanuel Carrère, ce qui pourrait être une biographie fastidieuse et assez décousue  devient une conversation. Du début à la fin, Carrère essaye de comprendre la logique de Limonov : le pourquoi de ses actes et de ses choix, de ses idées si floues mais portant tranchées. Il nous dresse un portrait psychologique du punk assez effarant. Un gars envieux, ambitieux, haineux aussi, n’existant que dans la révolte, n’étant grand que dans la provocation. Emmanuel décortique pour nous le personnage, car Limonov s’est construit une image sulfureuse comme on construit une forteresse.

Carrère explique aussi la Russie, les russes, les changements politiques et sociétaux. Il donne des noms, beaucoup, qu’il demande au lecteur de retenir. A travers Limonov, il fait une petite étude des russes de la diaspora. Cette histoire des russes, nécessaire pour comprendre Limonov et l’univers dans lequel il évolue, devient prétexte a de grande digressions, des questionnements sur l’avenir, et des comparaisons entre la vie de l’auteur et celle de Limonov.

C’est un trait du style de Carrère que j’aime beaucoup : il écrit à la première personne et ne se cache pas. Pas de grandes fioritures, pas de passages poétiques, non, juste l’auteur, ce dont il rend compte, et ses questions. Quelquefois il n’y a même pas de questions, juste des remarques sur des évènements qui l’ont laissé songeur . D’autres fois Carrère raconte carrément un pan de sa vie avant de revenir au récit. C’est un reporter, un journaliste gonzo comme je les aime.

Le jour où j’ai fini ce livre, on parlait de Limonov dans les journaux : il venait d’être arrêté au cours d’une manifestation anti-Poutine. Ce livre lui a donné une certaine notoriété en France et a levé l’embargo qui pesait sur sa production ; les médias l’auraient-il mentionné sinon ? Pour ma part, la petite leçon d’histoire politique de Russie donnée par Emmanuel Carrère m’a bien servie, puisqu’en lisant les dépêches j’ai compris les enjeux de ce qui se passait.

Liens

Limonov sur Wikipédia
Éditions P.O.L
 
CRITIQUES :
Un très bon dossier sur Emmanuel Carrère
La République des Livres
Le Magazine Littéraire
 
Actualités du Monde sur Limonov
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Bloompott de Sacha Guitry

Bloompott

Auteur : Sacha Guitry
Edité par : Librio en 1995, 123 pages
 

L’histoire

Franchement? Il n’y a pas vraiment d’histoire. Bloompott est l’enfant noir d’un couple blanc… Lorsqu’il rencontre l’auteur, Sacha Guitry, une relation d’amitié s’installe entre eux.

Ce que j’en pense

Bah, je donne mon avis : j’aime pas. Je SAIS, Sacha Guitry est bourré de talent, c’est un grand du théâtre, tout ça. Mais les goûts et les couleurs, vous savez, ma brave dame…

Bloompott est son premier « roman ». Sans déconner, roman, ils appellent ça ! C’est donc un roman feuilleton, paru dans Gil Blas, une revue de l’époque. C’est vrai qu’on y voit déjà tout ce qui fera la marque de ses œuvres plus tard : il y étale sa vie sans trop de pudeur, il en profite pour régler ses comptes avec ses amis ou connaissances, et fait preuve d’une remarquable désinvolture envers son lectorat.

Remarquez, cette désinvolture s’applique aussi à lui-même et on ne peut pas lui reprocher de se prendre au sérieux. Ses « chapitres », qui ne font que 3 pages, sont écrits la veille, et que lorsqu’il n’a pas d’idées pour une histoire, qu’à cela ne tienne ! Sacha Guitry raconte sa vie en une suite de sketchs dignes de one man show.

Sacha Guitry a de l’esprit, et c’est ce talent que portent aux nues ses admirateurs. C’est vrai qu’il fait là quelques bons jeux de mots. Mais finallement, ce ne sont que des private jokes qui, lorsqu’on n’a pas vécu dans les années 50 ni fréquenté les noctambules parisiens, n’a que peu d’intérêt. C’est un peu comme au début d’un roman russe, quand on essaye de s’y retrouver dans les prénoms, surnoms, diminutifs : on finit par s’en fiche complètement.

Sacha Guitry a une légère tendance à raconter sa vie : ainsi, la moitié du bouquin parle de lui plutôt que de son héros. On saura par exemple qu’il habite au 5ème sans ascenseur et sans électricité. Il dédicace chaque « chapitre » moyennant finances. C’est assez drôle, mais au bout du 16ème chapitre… je ne sais pas bien. En tous cas on voit bien se dessiner sa personnalité : égocentrique, fêtard, désinvolte, et sa devise a certainement été « carpe diem ». Je me suis dit : non, ça doit être une image qu’il se donne… Mais dans l’édition Librio que j’ai eue sous la main, il y a une préface très documentée sur ses débuts, et une chronologie des événements marquants de sa vie. Bon, hé bien Sacha ne triche pas, on peut lui reconnaître ça.

Quand au contenu du « roman » lui-même, on y retrouve pêle-mêle tous les thèmes chers à Sacha : le marivaudage, la jalousie, le cocufiage, les noceurs… C’est drôle, et écrit avec esprit. Sacha Guitry n’a fait qu’écrire ce qu’il voyait autour de lui ; et je pense que c’est pour ça en partie que je n’ai pas aimé : la femme est toujours importante, charmante ou non, mais vraiment traitée comme une débile profonde, ou comme un objet utilitaire. Enfin, c’était les mœurs de l’époque !

Finalement, on peut reconnaître à ce roman deux qualités : celui d’être truffé de bons mots vraiment drôles, et celui de peindre de manière réaliste les mœurs d’une certaine catégorie sociale de l’époque. Mais si vous voulez une bonne histoire, passez votre chemin !

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Livre ouvert

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Une Blanche-Neige moderne

Elle s’appelle Amandine, elle a 17 ans, elle existe pour de vrai.

Je l’ai rencontrée pour la première fois l’année dernière dans la rue. Elle y traîne pas mal, vu qu’elle est en foyer que « là-bas, faut pas rester la journée, ils te mettent dehors ». Amandine a les cheveux très courts, presque rasés à blanc, mais ça n’a pas réussi à lui donner l’air dur. Ses joues rondes et son air malicieux donnent envie de l’embrasser comme une enfant qu’elle est.

Chaque semaine nous nous croisions, tantôt à la gare, tantôt à l’accueil de jour ou bien encore dans une station de métro… En décembre elle a attrapé la grippe, mais s’en est vite remise; en février elle a fêté son anniversaire; rien de particulier, pas même une bougie. L’un dans l’autre, on a fini par deviner l’histoire qu’elle ne nous disait pas…

Amandine a été chassée de chez elle à 16 ans « l’âge où ils ont droit, il parait ! » par sa belle-mère. Ou peut-être bien plus tôt, nous n’arrivons pas à démêler tout cela : Amandine aime raconter des histoires, mais jamais les mêmes. De sa mère, nous n’avons jamais entendu parler. De son père, on sait qu’il l’aimait un peu trop. Alors la belle-mère a vu cette trop jolie fille comme un danger pour son couple, et l’a mis dehors.

Quand on y réfléchit, les débuts de contes collent bien avec les histoires difficiles d’aujourd’hui… Regardez Hansel et Gretel qui ne sont rien d’autre que des enfants placés, et Cendrillon qui se débrouille comme elle peut avec sa famille recomposée… Pourquoi raconter des salades aux enfants d’aujourd’hui et prétendre que tout est toujours beau ?

Des nains, notre Blanche-Neige en a aujourd’hui plus que 7 avec tous les amis sans-abris qu’elle se traîne… Mais les sans-abris ont-il jamais des amis ? Quand nous leur demandons, ils rient et montrent leur chien. Et finallement, le séjour de Blanche-Neige chez les nains, ce n’est qu’en attendant, ce n’est que le temps qu’elle se prenne en main.

C’est en tous cas ce que disent les éducateurs d’Amandine. Ils disent que son prince viendra, qu’elle trouvera sa voie, que cette belle jeune fille deviendra une femme sûre d’elle.

En attendant son prince charmant, Amandine s’est trouvé un protecteur qui s’appelle Saïd. Saïd a 45 ans environ, et il est très gentil. Il sourit souvent, et laisse alors apparaître les deux dents qui lui reste. Saïd respecte les femmes (ça veut dire qu’il ne les frappe pas), il ne boit pas, et cela en fait un « petit ami » de choix pour Amandine. Lorsque souvent nous les voyons tous les deux émerger du trou béant du métro par l’escalator, elle nous fait des grands signes en criant et court vers nous, tandis que Saïd, indulgent, sourit en la regardant faire.

Une fois Amandine avait un plâtre au bras. « Je me suis battue et les flics sont venus! » annonce-t-elle avec un grand sourire, très fière. Saïd hoche la tête, désapprobateur : « Parfois elle se met en colère pour rien la petite… » Nous comprenons peu après qu’elle commence à prendre des drogues, notre Blanche-Neige.Et nous voyons qu’elle se zombifie, qu’elle perd son allant, qu’elle porte les stigmates des tox. Est-ce que c’est ça, la pomme? Le poison, le coma, tout ça?

Dans ce cas magne-toi, prince charmant, tu commences à être en retard…

 

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La rentrée mondaine ou shut your damn game off

Je raccroche le téléphone. Encore. Et je retourne compulsivement jouer au Bubble shooter. J’aime bien le petit bruit que ça fait quand elles éclatent, ça me procure une satisfaction du travail bien fait. Je suis devenue assez douée, je me laisse rarement déborder maintenant.

Tout a commencé au retour d’un barbecue, justement. Alors qu’avec mes cousines nous allions nous prendre un pisse-mémé dans la cuisine, sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller la maison endormie, nous tombons face à… ma mère et sa sœur, scorant comme des pros sur bubble shooter en pleine nuit. Nous avons ri avec un brin de condescendance à ces parents accros à l’ordi, et avons pris note camomille comme des vieilles.

Deux semaines après, me voilà accro à mon tour. Et ce soir, j’ai organisé un barbecue à l’arrache. J’ai vraiment autre chose à faire que d’éclater des bulles. Mais quand même, juste une dernière partie…

Pour couronner le tout, c’est un barbecue AVANT la grande braderie. Scandale au pays Lillois. Avant la grande braderie il n’y a JAMAIS rien. Pas de concerts, pas d’expos, pas de ducasse, rien. La grande braderie marque le coup d’envoi de l’année, c’est comme une inauguration grandiose. C’est assez sympa de rentrer de vacances et d’avoir cette fin de mois d’août morne et paisible pour se faire une transisition agréable vers la rentrée et la vie qui court.

Sauf que quelque fois, ça arrive mais c’est rare, les gens s’emmerdent. Grave. Et quand il y a QUELQUE CHOSE A FAIRE OH MON DIEU VITE VITE INVITONS TOUS NOS POTES ! Et me voilà avec 150 invités à mon barbecue à l’arrache, en train de jouer au Bubble shooter.

Il m’a suffit de penser au charbon, aux assiettes, au ketchup,  à machin que j’ai oublié d’inviter mais qui vient quand même et qui va faire la tronche, à la pluie qui s’annonce, aux gens qui se connaissent pas et si ils se détestent ? Il va falloir parler à tout le monde et être sympa, relou… et puis cette hystérie des gens qui ne se sont pas vu depuis SI LONGTEMPS ! ET RACONTE MOI TES VACANCES ! Bon de toutes façons là désolée j’ai un truc à faire, j’éclate des bulles. Non, franchement, j’arriverai en retard je crois. Ils auront tous un coup dans le nez, ça se verra pas.

 

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La commémoration à la française ou l’oubli confortable

Il y a quelque temps, je vous parlais d’une petite histoire sur une commémoration un peu planquée, à Calais. J’étais tombée dessus par hasard et j’ai fait mes petites recherches, ça n’a pas été si facile de trouver ce qu’il se passait…

L’autre jour, on était le 8 juin, il s’est passé la même chose. Je traversais la place Rihour quand la fanfare a commencé à sonner, et les petits vieux en fauteuil ou en déambulateur à se mettre au garde-à-vous. Il y avait encore une fois trois pelés, deux tondus, et des passants qui ralentissaient leur marche par curiosité. Quelques militaires avaient pour fonction de sécuriser la zone, mais de toute façon, vous savez, vous, ce qui se passe le 8 juin ?

Quand le chef de je ne sais quoi (ça se voyait qu’il était chef, mais je ne peux vous en dire plus, je ne m’y connais pas fort en armée) a déposé la gerbe devant le monument aux morts (celui qui est collé à l’office de tourisme et que personne ne voit plus), j’en ai vu s’essuyer les yeux. Je me suis demandée si ces grands-pères faisaient encore des cauchemars, s’ils avaient raconté ce qu’ils avaient vu ou non, s’ils aimaient se retrouver entre anciens… Ils étaient là, devant les terrasses pleines de monde qui prenaient le soleil, et ils ne voyaient personne. Quelques uns portaient des vieux drapeaux qu’ils tenaient comme des reliques. Et des parents criaient à leurs enfants qui traînaient pour regarder : « Dépêche-toi, Kevin !  » Ça m’a fait de la peine, vraiment. J’avais le cœur serré de savoir que quoi qu’ils aient fait, ils l’aient fait « pour la France » et qu’on en ait rien à fiche.

Je ne suis pas vraiment nationaliste pourtant. Porter le drapeau, la Marseillaise, tout ça, c’est pas mon truc. Je déteste les uniformes (sauf ceux de la SNCF, je les trouve chouettes) et voir une arme me fiche les jetons. Pire encore : dès qu’il y a une revendication communautaire ou un esprit de groupe trop fort, je m’en vais très loin. Je suis de ceux qui pensent que le groupe, la foule, l’animal collectif anéantissent l’esprit critique et la liberté de l’individu. Tout ça pour dire, ça me branche pas trop d’en faire des tonnes sur « la France ce beau pays ».

Ce 8 juin, c’était la journée nationale en l’honneur des soldats et civils morts en Indochine. J’ai un peu regardé et , histoire de réviser mes cours d’histoire. La guerre et les camps de rééducation, tout est atroce. C’est atroce, et à l’époque comme aujourd’hui, on s’en foutait grave.

Je ne comprends pas très bien pourquoi nous les français on s’en fout autant… le dimanche qui a suivi ce 8 juin, avec un ami nous sommes allés – pure coïncidence – faire une tournée des cimetières militaires de Belgique juste à côté de la frontière. Il y en a un paquet, parce que la région de la ville d’Ypres a été le théâtre de sanglants combats en 14-18. Des armées de plusieurs pays sont intervenues : des Anglais, Canadiens, Néo-zélandais, Irlandais, Américains, et j’en passe. Savez-vous que tous les cimetières étrangers dans lesquels nous nous sommes arrêtés étaient parfaitement entretenus, et visités récemment ? Nous y avons toujours vu des fleurs fraîches ou des gens. Mon ami me racontait qu’à Ypres, une commémoration a lieu CHAQUE JOUR pour les soldats morts.

Bien sûr, il y a en France des férus de généalogie qui vont sur la tombe de leurs ancêtres… Mais je n’ai jamais rien vu de tel que tous ces gens qui se déplacent pour commémorer. Pour se souvenir. Pour ne pas oublier ces hommes et leur rendre hommage.

C’est quoi exactement notre problème ? Je me suis demandée si on ne jetait pas le bébé avec l’eau du bain, la guerre avec les hommes qui en ont payé le prix. On met tout dans le même sac et on oublie ? Au lieu de simplement soutenir ces hommes qui ont souffert et qui sont morts, on dit « à bas la guerre » et on va boire une bière avec des potes. Hé bien, au moins, trinquons à leur mémoire. Ça sera déjà mieux que rien.

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