Le paradoxe écrivain

Depuis que j’essaye d’écrire à temps plein, ma vie a radicalement changé.

Ouais, je sais, on s’en doute un peu… passer d’un boulot salarié à plein temps à une espèce de grand vide nébuleux à quadriller soi-même induit évidemment un certain bouleversement. C’est le cas de tous ceux qui se mettent à leur compte.

Mais c’est la vie sociale qui s’en prend un coup sévère. Je ne me souviens plus à quand remonte mon dernier apéro à l’improviste en sortant du boulot, mon dernier concert imprévu en semaine, ma dernière soirée « refaisons le monde au point mousse ». J’ai bien tenté de trouver des raisons à cela. Les horaires d’abord : quand tu choisis tes horaires en fonction de ta productivité, forcément, tu es vite décalé. Du coup, soit c’est trop tôt, soit c’est trop tard. Ou bien c’est en semaine et les autres gens du vrai monde travaillent le lendemain. Et le week end on te propose des sorties, mais toi t’as ce foutu machin à finir, et tu vas taffer. Il y a aussi cette vieille culpabilité qui te suit en hurlant « t’as encore des trucs à faire t’as pas le temps! »  Tu PREVOIS de bosser le lendemain matin. Tu dis « nonon, pas d’autre bière » quand Frankie remet une tournée. Tu es méga sage ; Limite chiant. Une autre raison encore? Les sujets de conversation. Quand tu débutes ton activité, les gens voient ça comme un début de film genre « il en chie mais à la fin c’est succès story » (vous savez les films où justement toute cette partie-là passe à l’accéléré avec une BO trop entraînante) ; ils compatissent vite fait à tes misères, mais ce qu’ils attendent c’est quand même la happy end. Sauf que le premier mois, le deuxième le troisième et les autres t’es toujours au début. C’est long, c’est difficile, t’en chies graves et t’as juste pas envie d’en parler en soirée. Mais vite tu te rends compte que t’es tellement décalé que même quand tu parles de la vie quotidienne, tu parles pas de la même chose. Et puis, cf. ci dessus, de toutes façons t’es tellement sage que tu sors plus, alors t’es plus au courant de rien.

Voilà comment, au bout de deux mois, t’es largué. Ta vie sociale est sérieusement limitée, tu te bornes à te mettre au courant des trucs essentiels: E&F ont eu un bébé, V. a changé de boulot, K&M sont partis en vacances en Guadeloupe. Si tu as la chance de ne pas bosser chez toi, ta vie se résume à ce qu’elle était avant, en PIRE parce que tu ne croises PERSONNE: métro, boulot, dodo.

Voilà le paradoxe… parce que les pages ne se remplissent pas toutes seules. Je veux dire : l’imagination, c’est bien, hein, c’est indispensable. Oui, ya l’Inspiration, avec un grand I, parce que des fois on croit qu’on est Artiste avec un grand A. Tu parles. La vérité c’est que si tu veux écrire des histoires tu as besoin de les voir avant. Tu le sais, et tu flippes, parce que là, c’est le désert total dans ta vie. Ya même plus de file d’attente au supermarché, les bus sont vides quand tu montes dedans, tu vis une ville désertée. Là, pour ton histoire tu as besoin d’un personnage et tu le trouves pas, tu restes devant ton curseur qui clignote sur la foutue page blanche, et tu vois RIEN. Et tu sais qu’il suffirait de SORTIR, d’avoir une VIE SOCIALE, de VOIR DES GENS pour le trouver direct, ton personnage.

C’est le paradoxe écrivain : si tu veux produire, faut être rigoureux et bosser. Mais si tu veux produire, faut sortir et voir des gens. Je t’en dis plus quand j’ai trouvé comment m’en sortir.

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