L’homme qui passait par hasard

Il était venu la semaine dernière, au milieu du repas, alors que tout le monde se présentait. Lui, il voulait pas, il était venu parce que son cousin lui avait dit: « Ici, tu peux montrer ton CV avant de l’envoyer ». Mais comme c’était le repas, et qu’il ne refuse pas un café, Abdel a tapé la causette avec Philémon et moi.

On a parlé principalement de légumes, parce que Philémon est passionné de jardinage. Abdel est calé en légumes ; il connait les topinambours, les rutabagas, et a demandé comment on cuisine la tétragone. Il nous a avoué être un fin cordon bleu lui-même même s’il ne cuisine pas souvent. C’est au marché de Wazemmes qu’il a appris à reconnaître toutes les espèces de légumes, parce qu' »il y a de tout, là bas! » Lui, au marché, il y va surtout pour voir les copains mais il aime bien les odeurs et les couleurs.

Cette semaine il est venu directement nous voir pour nous dire bonjour. Il tape sur l’épaule de Philémon en rigolant parce qu’ils se sont croisés au marché dimanche, et on se serre la main. Il a bien envoyé son CV, il a un entretien dans deux jours et il espère vraiment que ça va marcher. Il dit « on verra, je sais pas » quand on lui demande de passer la semaine prochaine pour nous donner des nouvelles. Cette fois-ci il vient pour se préparer un peu à l’entretien, et aussi pour remplir sa demande de logement social et les autres papiers du divorce. Parce que voilà, le juge lui a dit que chez lui c’était trop petit.  Abdel a une fille, et pour qu’elle vienne chez lui, il faut qu’elle aie une chambre. Abdel sourit en nous racontant cela, il est content d’imaginer sa fille chez lui. Elle s’appelle Solène, elle a 6 ans. Je lui ai demandé s’il la voit souvent, il dit non, en fait je l’ai jamais vue.

Après il par travailler sur une autre table parce qu’il est consciencieux. Mais dès qu’il a fini, il lance un regard d’envie à la place libre qui est à notre table sans oser y venir. Philémon lui dit, tu veux venir? et Abdel vient. Abdel a des grosses bagues sur ses doigts rouges tellement il fait froid dehors. Il a des petites mains. Il garde toujours son bonnet et son manteau, comme s’il allait repartir d’un instant à l’autre. Ce n’est pas un grand bavard mais il écoute attentivement ce qui se dit, et de temps en temps pose une question, appuie une opinion exprimée d’un mouvement de tête.

La conversation s’anime autour de la table, on parle du cœur, des différences des gens et que c’est bien que tout le monde ne soit pas d’accord. Abdel dit: « je suis d’accord » et tout le monde rit. Abdel aussi. Il ne dit rien, mais suit d’un œil brillant les débats. Il dit: c’est bien de pouvoir parler de ces choses de temps en temps.

Quand c’est l’heure de partir, tout le monde se lève et se sourit, et Abdel fait la bise. Peut-être on le reverra la semaine prochaine.

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