L’endurance émotionelle ou l’écriture qui fait mal

Franchement, plus j’avance dans ma petite vie d’écriveuse, plus je me demande comment les autres font. Tant que j’écrivais pour des commandes, j’arrivais assez à me distancier de mon sujet, mais maintenant que je me suis donné carte blanche c’est autre chose.

Il y a l’inspiration, elle a bon dos, celle là. Oui, c’est vrai, on ne peut pas toujours produire 10 pages par jour, déjà. Il y a des jours avec, et des jours sans. Il faut se trouver d’autres occupations pour y revenir frais et pimpant, à ce qu’on appelle pudiquement « le document » pour ne pas désespérer d’en voir la fin. Il faut aussi ne pas se laisser bouffer par les autres occupations, mais ça, ça va relativement bien.

Il y a le travail, aussi. Parce qu’écrire, c’est aussi faire des exercices, affuter sa technique, seul ou à plusieurs, et le faire quotidiennement. C’est lire beaucoup aussi. D’ailleurs je considère la lecture comme un autre exercice, un genre de veille technologique : c’est indispensable si on veut être bon, ce n’est pas nécessaire si on veut juste produire. Écrire, c’est faire des recherches sur son sujet : d’autres lectures, mais aussi des entretiens, discussions, repérages dans la rue ou dans un café ou tout autre milieu exigé par l’histoire.

Il y a tout ce temps qu’on perd en se disant qu’on n’y arrivera jamais, que franchement qui y croit à notre joli discours positif sur « tenter l’aventure », « donner une chance à la chance » et ce genre de conneries ? Tout ce temps que l’on prend pour soi histoire de réattaquer dans de bonnes conditions, tous ces papouillages égocentriques dont croyez-moi j’ai essayé de me passer mais qui sont aussi nécessaire.

Déjà rien que ça, yen a une sacrée ramée et on a intérêt à être organisé. Attention, hein, je suis relativement disponible, et ma vie ne va pas du tout à un train d’enfer. Par contre l’imprévu a une place somme toute assez réduite, et les vacances n’ont PAS de place. D’ailleurs la rentrée est bien assez pénible pour que j’aie envie d’en reprendre de sitôt.

Mais EN PLUS il y a l’investissement émotionnel dans l’écriture. Je ne sais pas pour les autres, mais moi quand j’écris une scène de bagarre, j’ai trop mal. Un dîner, j’ai la dalle. Une rupture, je suis au bord du gouffre. Toutes les émotions de mes personnages m’impactent ou plutôt je les vis comme si j’étais eux. C’est CREVANT. Autant vous dire que si j’écris 10 pages en une journée, yaura pas trop de forts sentiments dedans. Ce sera une vieille description à la Balzac d’un abribus maculé de boue, ou bien une digression pseudo philosophique sur le symbolisme de la signalisation routière.

Pendant ces vacances, j’en ai croisé, des gens qui écrivaient avec facilité et fluidité. Ils disent négligemment: « oh, tu écris! moi aussi j’aime bien, j’en suis à mon troisième.  » « troisième quoi ?  » je réponds bêtement et innocemment. « Troisième roman ! Là j’entame le quatrième, tu sais ce que c’est, on ne peut pas s’empêcher » (sourire complice). Sauf que moi, là, je rigole pas du tout. Pourquoi c’est si facile pour eux? Pourquoi pour moi c’est un accouchement en 72 heures et sans péridurale, hein?

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