L’ignorance de Milan Kundera

Ce bouquin traînait depuis des années dans ma bibliothèque. Il a même vécu quelques déménagements. Je me disais, c’est de la culture générale, mais ça a l’air bien intello quand même. Kundera, Kafka, même combat, non ? Et puis, un jour…

Auteur: Milan Kundera
Edition: Gallimard, 223 p.
Publié en 2000

L’histoire:

Une femme, Iréna, et un homme Joseph. Ils ont tous deux émigré de république Tchèque lorsque le régime communiste commençait à s’y durcir. Quand le mur tombe, et qu’ils ont la possibilité de revenir dans leur pays, ils se trouvent confrontés à leurs envies et celles des autres, à leur image d’Exilé, à leur identité.

Ce que j’en pense:

C’est BRILLANT ! Comment ai-je pu passer à côté de cet auteur toutes ces années ! Et quelle magnifique surprise, vraiment ! Quand on lit beaucoup, on a toujours une tendance à connecter les scénarii, les styles, à ceux que l’on connait déjà. Ici, c’est la révolution.

Tout d’abord le style, si moderne : Kundera écrit des chapitres courts, varie ses sujets, change de mode de narration… Il multiplie les interpellations au lecteur, les parenthèses, les flash back, les réflexions personnelles. Mais… c’est un blog ! C’est ce format court que l’internaute moyen connait si bien, et qui correspond à sa faible capacité de concentration (évidemment là je me mets dans le panel). C’est aussi une manière d’aborder le même sujet sous des angles très différents, comme… dans une recherche Google !

Et ce n’est pas fini : c’est vrai, Kundera s’éparpille complètement dans l’attaque du sujet, mais en même temps, le style est bref et concis. Pas un mot de trop, des dialogues essentiels, zéro fioritures. Une sobriété brute.

Bon, je vous avoue que « L’ignorance » est le troisième volet d’une trilogie et que je n’ai pas lu les deux premiers ( « La lenteur » et « L’identité »). Peut-être cela rendra-t-il moins pertinente ma pauvre analyse sur le sujet du livre. Mais quand même, il ne faut pas être sorcier pour voir que Kundera traite de la figure de l’Exilé. Et de la difficulté d’établir son identité. Sa manière de nous faire réfléchir est simple: il remet en perspective, il pose des questions, il introduit des doutes. Un émigré doit-il être content de rentrer chez lui ? Doit-il souffrir d’être exilé ? Qu’est-ce que la nostalgie ? Comment les mêmes choses vécues par deux personnes peuvent-elles devenir si différentes au fil du temps ? Et enfin: comment s’y retrouve-t-on lorsqu’on n’a plus d’attaches nationales ? Cet ébranlement des clichés connus oblige le lecteur à une ouverture d’esprit si large qu’il peut aisément s’y perdre, s’il ne se raccroche pas aux personnages.

De manière subtile, l’auteur nous amène à observer comment se construit une identité ; par les autres, et par les circonstances de la vie,  mais d’abord par soi. Lorsque les personnages se heurtent à l’indifférence ou à l’incompréhension de leurs proches alors qu’ils en attendaient une reconnaissance, ils prennent conscience que leur identité ne dépend que d’eux.

On pourrait dire beaucoup sur l’histoire elle-même, ces voyages spatio-temporels des personnages qui encore une fois mettent nos repères en miettes, mais ici je ne parlerai que d’une chose : ce formidable humour dont Kundera fait preuve. Le sujet traité est quand même super glauque, d’ailleurs [ATTENTION SPOILER] ça finit assez mal  ou assez mochement pour tout le monde. Mais qu’est-ce que j’ai ri ! Tout les personnages sont attachants et absurdes; les situations sont grotesques et pourtant l’émotion est là ; jusqu’à la succession des scènes, un coq à l’âne finement choisi l’air de rien et si comique !

Voilà, ma conclusion: un roman jouissif et novateur, dans lequel on rit, on s’émerveille, on s’émeut, on réfléchit, et bien plus encore. A lire absolument, quoi que je pense bien être la dernière à ne jamais l’avoir lu !

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2 commentaires pour L’ignorance de Milan Kundera

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