Les 7 de Spandau de Laure Joanin-Lloblet

Lorsque je vais chez mon Grand-père, c’est une tradition, je farfouille toujours dans les piles de livres qui traînent au salon. Mon grand-père a toujours des tas de nouveautés littéraires intéressantes et, comme vous le savez, c’est plutôt cool pour moi qui suis une has-been de l’actualité culturelle. C’est derrière un fauteuil que j’ai trouvé ce livre, et je m’en suis emparée avec avidité.

Les 7 de Spandau, les secrets révélés des derniers criminels nazis

Auteur: Laure Joanin-Lloblet
Éditions Oh!
343 pages
Paru en 2008

L’histoire

Ce livre est documentaire ; aussi l’histoire c’est la grande Histoire, celle que nous connaissons, ou alors que nous ne connaissons pas très bien comme c’est mon cas. Parce qu’à l’école, passé le procès de Nuremberg, zou, on passe au plan Marshall et on ne parle plus des nazis ! Ici, nous suivons les derniers criminels nazis jusque dans leur prison, jusqu’au bout, et nous les suivons à travers les pasteurs qui les ont accompagnés toutes ces années.

Ce que j’en pense

Ce livre remue et questionne, ça c’est sûr. Il pose plus de questions qu’il n’en résout, tant sur ce pan de l’histoire que sur l’humanité et la conscience humaine.

Le livre est divisé en trois parties, plus introduction et conclusion. L’introduction porte sur le procès de Nuremberg et la conclusion sur la destruction de la prison de Spandau, et on y trouve comme dans chaque partie un contexte historique documenté nécessaire pour replacer et comprendre la teneur des entretiens. Les trois parties sont chronologiques, l’une parle des premières années avec sept prisonniers, l’autre de l’époque des trois prisonniers, et la troisième, des dernières années du dernier condamné, le « prisonnier le plus cher du monde ». Si les entretiens sont le cœur et la raison d’être de l’ouvrage, Laure Joanin-Lloblet a cependant fourni un travail bien plus considérable en fouillant les archives, en récoltant des informations anodines sur le quotidien des prisonniers ou bien d’autres plus importantes sur la géopolitique de l’époque. Il en ressort trois pistes de lecture toutes aussi valides , et qui se croisent et se coupent, s’éloignent, d’une manière assez fascinante.

La première, la vie quotidienne de la prison de Spandau, est celle qui m’a sauté aux yeux ; peut-être parce que j’aime imaginer le concret des hommes dans l’histoire. L’auteur nous décrit précisément les horaires, les activités, les menus, les punitions et les humiliations quotidiennes. Ces listes interminables d’interdits et les révolutions qu’introduisent un changement minime m’ont complètement immergée dans ce huis-clos absurde de Spandau.   Ce qui est flippant, c’est qu’on retrouve les descriptions des survivants des camps de concentration dans ces retranscriptions minutieuses du règlement intérieur. Cet univers est complètement fou, kafkaïesque, et décadent.

La seule chose qui change vraiment dans cet univers, durant toutes ces années, ce sont les hommes. Des hommes qui nous sont présentés de l’intérieur, depuis les entretiens des pasteurs qui les ont connus ou fréquentés plus intimement. Les descriptions qu’ils en font sont très différentes suivant les pasteurs, et suivant les époques. Chaque pasteur a sa personnalité et ses manières ; chaque prisonnier sera ainsi dessiné plusieurs fois, et à la fin du livre on a comme un portrait impressionniste. Ce qui est fou, c’est l’évolution ou la non-évolution des prisonniers. Comme le dit le dernier pasteur, lorsqu’il est arrivé en poste la somme des années de sa vie équivalait au nombre d’années d’emprisonnement de Hess, le dernier prisonnier, soit plus de 40 ans. C’est si rare que ce chemin de la conscience nous soit montré que parfois j’en ai été gênée, c’est presque impudique. Mais c’est l’humanité toute nue.

Et puis la troisième grande ligne, c’est évidemment la folie humaine qui continue à l’extérieur de Spandau, le contexte politique. Spandau a été un point de cristallisation des tensions diplomatiques dans l’après guerre et au cours de la guerre froide : imaginez que c’était le seul endroit du monde où Américains et Soviétiquess se parlaient! Tous les conflits larvés, les mésententes et les démonstrations de pouvoir des quatre nations ont trouvé au cours des ans leur concrétisation à la prison de Spandau, à travers le stupide règlement en particulier.

Voilà, je conclurai en disant que les hommes, les pasteurs eux-mêmes, sont des personnages qui ont parfois eu des conflits intérieurs forts en remplissant leur mission. Certains étaient résistants pendant la guerre. Un autre était très ami de la communauté juive. La façon simple dont ils racontent cela, leurs difficultés et leur sentiment aujourd’hui, est un témoignage précieux que rien n’est noir ou blanc.

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