L’homme qui faisait le tour du monde en vélo pliable

J’ai rencontré Edwin il y a maintenant un paquet d’années, lors d’un voyage au Viêt-Nam où j’étais avec ma sœur. Au retour d’un horrible tour à la baie d’Along, nous étions descendus dans le même hostel pourri à quatre dollars la nuit, à Hanoï, où ma sœur et moi avions passé une nuit infernale à écouter une femme mettre du charbon dans la chaudière de l’immeuble juste au dessus de nos têtes. Je m’étais dit à l’époque que ce job était vraiment surréaliste, on aurait dit une âme perdue alimentant les bouches de l’enfer à l’infini pour sauver le monde de l’engloutissement.

Edwin faisait le tour de l’Asie du Sud-Est en vélo pliable, et il n’en était qu’à la moitié de son voyage. Il avait déjà traversé le Cambodge et le Laos quand nous avons sympathisé. Nous avons donc exploré Hanoï deux jours ensemble, puis nous nous sommes quittés. Je le revois encore, ce grand gaillard tout en nerfs, avec son chapeau de cowboy et son minivélo, décliner poliment la taxe de parking  et ranger son bien dans son sac sous le regard ahuri du Vietnamien de service !

Ensuite, je suis rentrée, il a poursuivi son voyage, et nous n’avions pas beaucoup d’espoir de nous revoir. On prend les adresses des gens que l’on rencontre en voyage, mais c’est uniquement parce qu’on a peur de dire adieu. Et pourtant ! Quelques mois après,  nous avons commencé une correspondance. Quand il est rentré en Angleterre, nous nous sommes rendu visite. Et de fil en aiguille nous sommes devenus amis.

Edwin était parti en Asie du Sud-Est pour se remettre de sa rupture avec Emma, sa girlfriend depuis 7 ans. Oui, parce qu’Edwin est anglais, un vrai british du Norfolk. Parler avec Edwin est un enchantement pour moi, même si je ne suis pas toujours bien. Il utilise un argot savoureux, des expressions tirées des voyages qu’il a fait. Il a cette façon de parler en saccadant les mots parfois, en leur donnant de la profondeur avec des accents si toniques qu’ils se font secousses. Je n’ai jamais rien entendu de nasillard ou de vulgaire dans son anglais.

Aujourd’hui Edwin m’écrit du Panama où il se repose après un chantier ; dans ses mots je devine le son de sa voix et cela me fait sourire. Edwin est charpentier, mais il fait bien plus que cela, il restaure des maisons à l’ancienne. Il a appris son métier sur le tas, d’abord en charpente marine parce qu’il adore naviguer, puis dans un village au Brésil, et enfin à Londres où il a travaillé « comme un chien, like a dog » pendant 3 ans. Depuis que je le connais, il est à son compte, et partage son année entre les chantiers et les voyages à vélo.

Cette vie extraordinaire, Edwin la paie parfois au prix fort. Depuis Panama, il me raconte sa rupture avec Charlotte, sa girlfriend depuis 4 ans. Il dit, je lui ai trop appris la liberté, et quand j’ai voulu qu’on construise quelquechose tout les deux, elle s’est sentie emprisonnée. Il dit, j’ai enfin réglé mes comptes avec ma famille sans fuir, cette fois-ci, et me voilà seul au fin fond du Panama, do you believe it carro? ALONE! (Oui, tous mes amis anglophones m’appellent carro, en roulant gentiment le rr lorsqu’ils parlent. Je ne sais pas pourquoi.)

Alors nous parlons de demain, de son retour en Europe et de la « nice cup of tea » que nous prendrons en fin d’après midi en regardant le soleil se coucher. Nous parlons des sables mouvants et des amis qui restent. De l’importance d’être lent. De l’importance de ne rien faire parfois. Nous parlons comme deux vieux dans leur fauteuil à l’heure du thé qui regardent le soleil se coucher. L’océan qui nous sépare n’est que la flaque du sachet d’Earl Grey posé sur la soucoupe de la table basse. Quelquefois, l’amitié a quelque chose de magique.

Publicités
Cet article, publié dans ça arrive., des gens., est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour L’homme qui faisait le tour du monde en vélo pliable

  1. solange dit :

    j’envisage de faire le tour du monde en vélo pliable, je peu savoir quel vélo il avait?
    si tu connais une marque fiable et costau!! merci

    • CaroDe dit :

      Bonjour! Pardon d’avoir mis si longtemps à répondre! La marque la mieux selon lui : brompton! Par contre je ne connais pas le modèle. Ces vélos sont assez increvables, c’est impressionnant! Bravo pour ce projet, en tous cas!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s