La Dame du kebab – café

Le dimanche, à Lille, il est un rendez-vous difficilement contournable : le marché de Wazemmes. On y trouve de tout. (je ne vais pas détailler, « tout » étant difficile à énumérer.) Mais lorsque je suis arrivée à Lille on m’a dit à propos de ce marché : « C’est le cœur de la vie sociale, c’est l’endroit où voir et être vu. » Je dois avouer que c’est un peu vrai. Lorsque les courses sont faites et les cabas remplis, les gens déambulent au milieu des terrasses de café où chacun picore à sa guise ce qu’il vient d’acheter. Le brunch version lillois, c’est à Wazemmes, forcément.

Avec un ami, nous avions décidé d’aller dans un café qui fait Kebab, ou l’inverse. C’est là que nous avons rencontré Josette. En fait, c’est elle qui nous a trouvés. Nous parlions de revenants dans les maisons, de phénomènes paranormaux et ce genre de trucs. Josette était assise à côté de nous et sirotait sa Jupiler en nous écoutant. Comme elle s’y connaissait, elle a voulu partager son savoir avec nous. Et puis on a lancé quelques blagues et Josette nous a raconté cette histoire :

« Dans le temps, on avait des colporteurs. Moi j’habitais Annoeullin, et yen avait un qui faisait souvent la route Annoeulin – Provin. Henri qu’y s’appelait. Lui l’était pô du tout croyant, l’était athée, et quand il passait devant le calvaire y disait « Salut INRI ! » comme ça, pour rigoler. (NOTE: Inri, avec l’accent du nord, ça se prononce comme Henri. Kif kif.) Alors une fois, les mineurs, c’était des farceurs – ah dans le temps on rigolait bien, on faisait des blagues tout le temps – alors les mineurs ils ont voulu lui faire une farce. Ils ont placé un mégaphone derrière le crucifix, et quand Henri il a passé devant en disant « Salut Inri ! » le crucifix a répondu : « Salut Henri ! » Ahaha le pôvre il en est resté le cul par terre ! »

Après cette histoire plus besoin de politesses ou de faroucheries entre nous, on a tapé franchement la discute. Josiane nous a expliqué qu’elle était fille de bistrotiers. Le matin, au bistrot, yavait surtout des mineurs qui buvaient leur café bistouille. Le café était gratuit, ils payaient que la bistouille. Le midi c’était des notables, des intellectuels. Yavait les gens qui travaillaient à la mairie, et les instituteurs. Le père de Josiane venait parce qu’il était secrétaire de mairie. Sa mère tenait le bistrot, et sa grand-mère faisait la cuisine. D’après Josiane c’était pas fameux, enfin, je traduis sa grimace hein, elle l’a pas dit comme ça. Josiane n’a jamais travaillé au café, parce que ses parents voulaient que leurs enfants « s’élèvent socialement ». Josiane a été jusqu’au bac, hein, quand même, mais elle l’a pas eu parce qu’elle aimait trop guincher. Ensuite elle est montée à Lille, elle a eu un diplôme de la meilleure dactylo, mais à la machine à écrire, pas sur les ordinateurs d’aujourd’hui. Josiane a fait carrière comme assistante de production à la radio, elle a aimé beaucoup les projets divers auxquels elle a pu participer. « C’était jamais pareil, mais quand même on me mettait souvent à travailler sur le folklore, du brin ! Excusez-moi, mais moi j’aime les musiques à la mode ! » Josiane nous a raconté qu’elle aimait aller danser, qu’à l’époque on jouait du jazz et du rock dans les caves des bistrots lillois. Je lui ai demandé quelles danses elle savait, elle dit, le merengue, le tango, la java, et beaucoup d’autres !

Depuis tout-à-l’heure que Josiane me parlait, j’avais du mal à garder le cap tellement son haleine était forte. Elle avait l’air sacrément habituée de ce bar et son demi vide était changé par un plein sur un petit signe au gars du kebab. Elle nous a dit qu’avant ça s’appelait « Chez Mimi » et qu’il y avait souvent des concerts d’accordéon. Et c’est vrai que même si aujourd’hui c’est un kebab, la déco et la clientèle de l’ancien bistrot est restée. Là, Josiane attendait ses filles, mais elle était un peu fâchée parce qu’elles étaient en retard. Josiane a trois enfants, et six petits enfants. Elle nous a expliqué qu’elle a un beau-fils de rechange parce que sa fille a changé de copain. Elle l’appelle « le beauf ».

Et puis deux belles femmes entrent dans le bar en râlant : « Mais maman, ça s’appelle plus « Chez Mimi », ici ! Ça fait le quinzième bar qu’on fait ! » Alors on a laissé la place pour la réunion de famille. Quand on est sortis du café, Josiane nous a remerciés pour le bon moment qu’on avait passé ensemble.

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