Le retour de Bernahrd Schlink

Ce livre, évidemment, il a fallu que je le trouve par hasard. Il était assez planqué dans un rayon de la médiathèque de Lille, et je ne sais pas pourquoi je lis pas mal à propos des conséquences de la Seconde Guerre mondiale sur les générations postérieures. Après « L’Origine de la violence » de Fabrice Humbert, « les 7 de Spandau » de Laure Lloanin-Joblet, il m’a semblé que ce livre était dans la lignée. Ensuite, je me suis rendu compte que c’était l’auteur du roman « Le Liseur« , qui a été adapté en film. Bon, encore une fois je suis à côté de la plaque : je n’ai pas lu le livre à la mode. 

Le Retour

Auteur : Bernhard Schlink
Éditions Gallimard, 383 pages
Publié en 2006, 2007 pour la traduction française
Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary

L’histoire

Au retour des vacances chez ses grands-parents, le jeune Peter a  découvert par hasard un fragment de roman à l’état de manuscrit qui l’intrigue et dont il cherche longtemps la fin.  Devenu adulte, il se mit à enquêter sur ce roman et sur son auteur. Peu à peu, ces recherches et la vie de Peter s’imbriquent tellement que cette quête devient celle de son identité.

Ce que j’en pense

J’aurais dû m’en douter, avec un titre pareil : on est à fond dans une analyse de l’Odyssée, entre autres. Comment ne pas penser à Kundera et son « L’Ignorance » ? La construction et le style du roman ont parfois quelques similitudes : narration épurée, digressions fréquentes sur des thèmes variés, changement de lieux, de décors et de sociétés, retours réfléchis et argumentés sur le passé, extraits de livres… Évidemment, j’ai bien aimé !

J’ai aimé également cette confusion extrême du personnage que l’on suit difficilement dans ses pérégrinations. Je crois que l’alternance de styles narratifs, la diversité des sujets abordés sont là pour montrer comme les réflexions qui donnent un sens à une vie naissent de vécu et de coïncidences, de marottes que l’on pense futiles, de corrélations improbables. On suit Peter dans sa quête d’une vie heureuse, d’un sens moral rêvés de sa jeunesse, et avec lui on se retrouve sans réponse. Il n’y a pas de réponses, à ce genre de questions, uniquement des choix.

A un moment du livre, Peter se retrouve à répondre à la question d’un petit garçon : un nazi qui a lutté pour défendre sa ville jusqu’au bout est un homme courageux ; n’est-ce pas bien d’être courageux ? Peter ne sait pas bien répondre à cette question. Pour moi, cette figure-là sous-tend tout le roman : l’affection portée à un modèle, et l’horreur et la perte de repères lorsque l’on découvre que le modèle est perverti. Tout au long du bouquin, Peter est à la recherche de son passé pour s’en libérer ; et pourtant il refait les même choix, comme malgré lui.

C’est cet anti-héros hésitant, looser, piteux que nous donne à lire Berhard Schlink, et je m’y suis pas mal attachée. Même lorsqu’il se dépêtre de ses fantômes, même lorsqu’il a du succès, il est fragile et désemparé. Même lorsqu’il est heureux il tremble que ce miracle cesse. Je crois que les lecteurs de « Le Liseur » ont été parfois déçus de ce roman-là. C’est peut-être pour ceci : on a l’impression que tout cela n’a ni queue ni tête, puisque Peter reste un looser, et que même la fin heureuse est un demi-succès, voire un échec.

Ma conclusion est qu’il faut absolument lire ce livre si l’on est intéressé par la condition humaine et les questions de morale qu’ont soulevées la Seconde Guerre mondiale en Europe. Bernhard Schlink y est pointu dans ses références, et nous emmène au cœur des consciences troublées de l’après-guerre en Allemagne.

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