Parler ou ne pas parler, ou quoi faire quand ça va pas.

Voilà la situation : ça ne va pas. Vous n’allez pas bien. Parce que c’est l’hiver et qu’on est à Lille, et que l’hiver y est terrible (le NORD, quoi).  Parce que votre petite amie vous a largué comme on balance une serpillière effilochée un jour de grand ménage. Parce que votre chien Kiki est décédé des suites d’une pneumonie à l’âge de 17 ans. Parce que vous vous êtes engueulés avec votre boss. Parce que vous êtes enceinte et que les packs d’hormones, ça ne vous réussit pas du tout.

Bref, il peut y avoir tout un tas de raisons. Il n’y en a pas de bonnes ou de mauvaises pour aller mal. Pourtant, déjà, vous triez : ce mal d’âme là, est-il « raisonnable », ou bien vous écoutez-vous un peu trop ? Si toute votre famille est décédée dans un crash d’avion, alors ok vous avez le droit de pleurer. Si par contre vous êtes juste fatigué du froid et de la nuit qui tombe trop tôt, alors là ben attends c’est pour tout le monde pareil de quoi vous plaindriez-vous?

Souvent, quand la raison ne vous semble pas assez bonne, vous lui en ajoutez toute une cascade d’autres, et puis vous dites : « Non mais tu comprends, un truc tout seul, j’aurais géré, mais tout en même temps, je peux plus. » Parfois c’est tellement énorme que vous dites juste: « Ma maison a entièrement brûlé ». L’état de votre moral est inclus dans l’information.

En tout cas ça y est, vous avez franchi une étape : vous avez identifié que vous n’alliez pas bien, vous l’avez DIT. Bravo. Non, vraiment, ya un tas de gens qui ne franchissent jamais cette étape. J’en connais. Ils disent : « Faut pas se plaindre, ça pourrait être pire, attends, regarde les Somaliens, et puis c’est que pour un temps ». Du coup ils ne font rien pour aller mieux. Ces gens là ont un nom: les traîne-misère. Si on les approche trop ils refilent leur morosité, ils déteignent.

Bon. Mais ce n’est pas votre cas. Vous avez décidé d’aller mieux, et c’est là où se pose une question essentielle : faut-il parler pour se décharger de son fardeau, ou faut-il au contraire se taire pour passer plus vite à autre chose ? La réponse, mesdames messieurs, n’est pas du tout évidente. Ce sont deux écoles qui s’affrontent : celle de « Grease« , (ou l’école de la bande de potes) et celle de « Il était une fois dans l’ouest » (ou l’école du cow-boy solitaire).

La réplique favorite des adeptes de la psychologie de comptoir est le fameux « tu veux qu’on en parle ? » C’est un peu comme les filles du collèges qui se surveillent la porte des chiottes quand elles y vont. Quelle belle symbolique ! Cela veut dire : « Je suis vraiment ton ami(e), pour moi, même ton caca sent la rose.  » Et c’est vrai que cette épine qui vous fait mal, qui vous fait aller mal, mieux vaut la sortir une fois pour toute !  Dire les choses, cela peut être les exorciser.

Mais dire les choses, des choses souvent intangibles, inconscientes, c’est prendre le risque de les faire exister, parfois. Language is a bitch, il est rare de trouver les mots justes pour exprimer le spleen, la montée d’hormones ou juste une crise existentielle passagère. Et l’homme est ainsi fait qu’il essaye de trouver des raisons et des logiques à ce qui n’en a pas. Alors on parle, on parle, et on explore une grosse purée de pois, et on tourne en rond. On épluche un oignon pour en trouver le cœur, et on pleure beaucoup. Mais ( ATTENTION SCOOP) l’oignon n’a pas de noyau.

Quelquefois, il vaut mieux se taire. La souffrance est là, tapie, sourde, ou bien vive et assaillante. Mais on commence à la connaître celle-là. Pas moyen de l’exorciser sans s’étriper, alors pas la peine d’en parler. La meilleure chose à faire, c’est de l’ignorer, cette pétasse.

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3 commentaires pour Parler ou ne pas parler, ou quoi faire quand ça va pas.

  1. manu dit :

    attention scoop : à la place du noyau l’oignon a un germe . Et c’est à cause de lui qu’on refoule du goulot encore trois jours après l’avoir mangé. Donc l’éplucher peut être utile. Pour retirer le petit germe et le jeter. Enfin moi je dis ça, je ne dis rien, mais si tu m’invites à dîner je préfère te l’avoir dit avant.

    • CaroDe dit :

      Bon, hé tu dis ça, ou tu dis rien ?
      Et ne t’inquiète pas, il n’y a pas d’oignons dans le poulet-maroilles-frites ! 😉

  2. fpbf dit :

    La souffrance, il faut la cueillir quand elle est mûre, l’étaler sur le papier ou sur la toile en vrac, sans trop la mettre en forme. Ensuite on la transforme en jolie chose par une savante alchimie, ou on la jette au compost comme un vieux déchet. Ne surtout pas la mettre en bocaux ou l’accrocher à une boutonnière ou pire à un étendard, à moins d’aimer se trainer des boulets et n’avoir rien d’autre à quoi se raccrocher pour se bricoler une identité de pacotille.
    (2g. d’éthanol/l. inside)

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