Lunar caustic et Le caustique lunaire de Malcolm Lowry

Lunar caustic suivi de Le Caustique lunaire

Auteur : Malcolm Lowry
Edité par 10/18, 216 pages.
 
Lunar Caustic: 
Traduction de l’anglais par Clarisse Francillon
Edité en 1963 par Les lettres nouvelles / Julliard
 
Le Caustique lunaire :
Edité en 1956 par Esprit
Traduction de l’anglais parMichèle d’Astorg et Clarisse Francillon
 
 

L’histoire

Un homme alcoolique se retrouve par hasard dans un hôpital psychiatrique après une nuit d’ivresse. Il y découvre un monde déroutant et difficile, et se retrouve aux prises avec ses démons.

Ce que j’en pense

Ce roman n’en est pas tout à fait un . Tout y est si imagé, si flou, si introspectif et décousu que sans imagination visuelle, vous êtes perdus. Il ne se lit pas d’une traite tant le contenu est dense, et puis il faut comprendre les références à l’époque : la guerre de 1970 en Europe, les baleiniers, les conditions dans les hôpitaux en 1930… Mais le style est si brillant qu’il est impossible de ne pas relever la tête d’émerveillement au moins une dizaine de fois devant les trouvailles de Malcolm Lowry. Cet auteur a pour habitude d’écrire toutes les phrases de son histoire plusieurs fois, et de choisir la meilleure. C’est vous dire si chaque mot est pesé, chaque phrase bien balancée. Les métaphores, le symbolisme et la poésie du langage sont absolument stupéfiants. C’est un chef-d’oeuvre, à mon sens.

Je crois qu’il est nécessaire de parler un peu du contexte : Malcolm Lowry a écrit ce récit au moins une vingtaine de fois. Il n’a cessé de le retravailler tout au long de sa vie. Dans le même ouvrage, les éditions 10/18 ont choisi de publier deux versions. La première, Le Caustique lunaire, a été publiée en 1956. Malcolm Lowry avait déjà failli perdre dans un incendie son manuscrit le plus célèbre,  Au-dessous du volcan , et il voulait ainsi préserver son écrit. La deuxième, Lunar caustic, est censée être postérieure puisque posthume ; pourtant certains prétendent qu’il y a des traces de versions antérieures, que sa femme l’a remaniée après sa mort, etc. En fait, on s’en fout. Il est fascinant de voir la même histoire écrite deux fois, construite de manière identique, et pourtant l’entendre complètement différemment. Pour moi Le Caustique lunaire est plus abouti et plus lisible, mais Lunar caustic plus intéressant car il livre l’esprit et les émotions bruts, en vrac.

L’histoire est largement autobiographique : En 1934, alors que son premier mariage vient de se briser lamentablement en grande partie à cause de son alcoolisme, Malcolm Lowry se retrouve en cure de désintoxication à l’hôpital Bellevue de New York. C’est aussi la méthode Lowry : il n’invente pas, il transforme et sublime ce qu’il a vécu. Cela donne une introspection si profonde et si juste qu’elle se passe de mots – pouvez-vous y croire, dans un roman ? Le rythme est insaisissable, tout comme le temps qui passe dans un hôpital psychiatrique. Des choses insignifiantes prennent des proportions énormes, et les relations entre les personnes se jouent sur les attitudes : les conversations sont dénuées de sens. La scène où Bill joue du piano alors que Mr Quatrass / Battle (suivant les versions) chante de son côté est en cela époustouflante tant on sent la tension monter, les pressions entre les deux groupes que sont les joueurs de whist et les musiciens…

Ce qui est très émouvant aussi, c’est cette quête éperdue de sens chez des hommes emplis de désespoir. Bill, notre héros, en trouvera d’une certaine manière grâce à son amitié avec Garry et Mr Kowalsky, ses deux compagnons d’infortune. Les évènements s’enchaînent et tous les trois sont comme des commentateurs d’actualité, cherchant à analyser et à pronostiquer, à saisir le sens de tout cela. Cela se voit surtout dans la version de Lunar caustic où les descriptions s’enchâssent dans des bribes de réflexions, d’émotions, de souvenirs jamais aboutis, toujours sans conclusion.  La scène où l’on voit arriver l’orage de loin sur la ville depuis les fenêtres de l’hôpital est un parfait exemple de ces contemplations perplexes et terrifiées, mais cherchant une lueur d’espoir inlassablement.

Ma conclusion : un très bon livre.  Je n’ai pas su parler de la façon dont Lowry nous ouvre une fenêtre sur ce qu’est l’alcoolisme, pas su parler non plus de l’angoisse existentielle qu’il sait si bien transmettre. Il y a tant  à dire, une seule phrase renvoie à tellement d’idées et de symboles, le style Lowry a donné à ce livre une profondeur que seuls parviennent à égaler les grands. Je ne sais pas quoi vous dire d’autre, alors je vous mets un tout petit extrait (de Lunar caustic) pour que vous vous rendiez compte :

« Mais bien entendu, le jet d’eau et non la pluie produisaient l’arc-en-ciel, et son espoir n’était qu’un fallacieux, artificiel espoir. Lorsque la pluie véritable viendrait apporter un remède à la sécheresse, le soleil serait couché, de même qu’au moment où la folie s’empare d’un homme il arrive que celui-ci ne puisse la reconnaître, donc, n’en retire aucun soulagement. »
 

Liens

« Aliénation et séparation dans Lunar caustic » étude de Josiane Paccaud-Huguet  de l’Université Lumière-Lyon 2 (hyper intéressant !)
 
 
 
Le matricule des anges
lelitteraire.com
 
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