La commémoration à la française ou l’oubli confortable

Il y a quelque temps, je vous parlais d’une petite histoire sur une commémoration un peu planquée, à Calais. J’étais tombée dessus par hasard et j’ai fait mes petites recherches, ça n’a pas été si facile de trouver ce qu’il se passait…

L’autre jour, on était le 8 juin, il s’est passé la même chose. Je traversais la place Rihour quand la fanfare a commencé à sonner, et les petits vieux en fauteuil ou en déambulateur à se mettre au garde-à-vous. Il y avait encore une fois trois pelés, deux tondus, et des passants qui ralentissaient leur marche par curiosité. Quelques militaires avaient pour fonction de sécuriser la zone, mais de toute façon, vous savez, vous, ce qui se passe le 8 juin ?

Quand le chef de je ne sais quoi (ça se voyait qu’il était chef, mais je ne peux vous en dire plus, je ne m’y connais pas fort en armée) a déposé la gerbe devant le monument aux morts (celui qui est collé à l’office de tourisme et que personne ne voit plus), j’en ai vu s’essuyer les yeux. Je me suis demandée si ces grands-pères faisaient encore des cauchemars, s’ils avaient raconté ce qu’ils avaient vu ou non, s’ils aimaient se retrouver entre anciens… Ils étaient là, devant les terrasses pleines de monde qui prenaient le soleil, et ils ne voyaient personne. Quelques uns portaient des vieux drapeaux qu’ils tenaient comme des reliques. Et des parents criaient à leurs enfants qui traînaient pour regarder : « Dépêche-toi, Kevin !  » Ça m’a fait de la peine, vraiment. J’avais le cœur serré de savoir que quoi qu’ils aient fait, ils l’aient fait « pour la France » et qu’on en ait rien à fiche.

Je ne suis pas vraiment nationaliste pourtant. Porter le drapeau, la Marseillaise, tout ça, c’est pas mon truc. Je déteste les uniformes (sauf ceux de la SNCF, je les trouve chouettes) et voir une arme me fiche les jetons. Pire encore : dès qu’il y a une revendication communautaire ou un esprit de groupe trop fort, je m’en vais très loin. Je suis de ceux qui pensent que le groupe, la foule, l’animal collectif anéantissent l’esprit critique et la liberté de l’individu. Tout ça pour dire, ça me branche pas trop d’en faire des tonnes sur « la France ce beau pays ».

Ce 8 juin, c’était la journée nationale en l’honneur des soldats et civils morts en Indochine. J’ai un peu regardé et , histoire de réviser mes cours d’histoire. La guerre et les camps de rééducation, tout est atroce. C’est atroce, et à l’époque comme aujourd’hui, on s’en foutait grave.

Je ne comprends pas très bien pourquoi nous les français on s’en fout autant… le dimanche qui a suivi ce 8 juin, avec un ami nous sommes allés – pure coïncidence – faire une tournée des cimetières militaires de Belgique juste à côté de la frontière. Il y en a un paquet, parce que la région de la ville d’Ypres a été le théâtre de sanglants combats en 14-18. Des armées de plusieurs pays sont intervenues : des Anglais, Canadiens, Néo-zélandais, Irlandais, Américains, et j’en passe. Savez-vous que tous les cimetières étrangers dans lesquels nous nous sommes arrêtés étaient parfaitement entretenus, et visités récemment ? Nous y avons toujours vu des fleurs fraîches ou des gens. Mon ami me racontait qu’à Ypres, une commémoration a lieu CHAQUE JOUR pour les soldats morts.

Bien sûr, il y a en France des férus de généalogie qui vont sur la tombe de leurs ancêtres… Mais je n’ai jamais rien vu de tel que tous ces gens qui se déplacent pour commémorer. Pour se souvenir. Pour ne pas oublier ces hommes et leur rendre hommage.

C’est quoi exactement notre problème ? Je me suis demandée si on ne jetait pas le bébé avec l’eau du bain, la guerre avec les hommes qui en ont payé le prix. On met tout dans le même sac et on oublie ? Au lieu de simplement soutenir ces hommes qui ont souffert et qui sont morts, on dit « à bas la guerre » et on va boire une bière avec des potes. Hé bien, au moins, trinquons à leur mémoire. Ça sera déjà mieux que rien.

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