Une histoire de métro.

Cet après midi une rame de métro a brûlé à Rihour. Ils ne savent pas si c’est une attaque terroriste, ou si c’est un accident, j’ai demandé au médiateur en orange qui fait le pied de grue devant la bouche de Place des Postes.

Il faut que je rentre à pied chez moi, les stations de Vélille sont vides. Les gens marchent vite, il y a des foules denses et rapides, des flux dangereux. Des enfants pleurent d’être traînés par des mères pressées. Le temps est à l’orage, il a fait beau toute la journée et maintenant de gros nuages s’amoncellent au dessus de nos têtes. On sent parfois quelques gouttes, mais par cette chaleur elles sont évaporées avant de toucher le sol : pas de marques.

 

Je remonte la rue des Postes, embouteillée. Transpôle a mis en place un genre de service de secours avec des bus bondés qui remontent l’avenue, les gens crient quand ils montent parce que c’est trop serré. Certains en ont pris leur parti et se sont installés en terrasse de café pour jouir peinard du spectacle. Je me souviens d’avoir fait ça avec un ami, il y a trois ans, on ricanait de voir les gens courir sous la drache commençante, quand une rafale de vent a emporté l’auvent du bar : on a été trempés comme les autres.

Alors je hâte le pas en traversant la rue Brûle-Maison : avec de la chance je ne serai pas mouillée. C’est fou ce qu’il y a de voitures, et de gens qui klaxonnent. Pourtant l’air moite devrait plutôt les rendre apathiques que nerveux, mais l’électricité est palpable dans l’air, cette fois l’expression prend son sens littéral. Lorsque je passe devant la petite menuiserie africaine, les meubles sont rentrés et les menuisiers devisent gravement au dehors en montrant le ciel. S’il pleut maintenant, je suis foutue. Ou bien j’ai une amie dans le coin, j’irai sonner ? Je crains un déluge qui transforme la rue en pataugeoire.

Quand j’arrive à République je vois que les métros sont fermés. Les piles de journaux du soir, encore liées, s’entassent devant l’escalator immobile. Les gens traversent le boulevard de la Liberté n’importe comment, par vagues affolées. Les automobilistes avancent par a-coups, comme apeurés de voir cette foule hagarde s’en prendre à eux. Ils semblent pathétiques dans leurs habitacles, perdus et désorientés. Seuls les conducteurs de bus continuent leur train-train rassurant, c’est peut-être pour cette raison que des grappes de personnes s’y engouffrent régulièrement, comme si le bus passait par hasard ou qu’ils avaient une impulsion subite.

Je remonte la rue de Béthune. Les petites robes à fleur sont fanées, les coiffures élaborées pendouillent, les débardeurs décolletés collent, justement. Cette foule a dû être chic, il y a une heure ou deux. Maintenant, ils ont l’ait de réfugiés cherchant un abri d’urgence.

Un monsieur regarde la rue mouvante par sa fenêtre, puis s’en détourne et la ferme.

Je crois que je vais faire pareil. L’orage arrive.  

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