Le début d’une amitié ou l’éloge de la lenteur

JB2Il fait beau en ce début d’après-midi; un temps d’hiver et de soldes, un air pur et sec qui vient des montagnes enneigées que l’ont peut apercevoir, là haut, depuis Fourvière. Bientôt, je vais sortir. Bientôt je vais affronter la foule, le bruit, les soldes, l’hiver. Mais pour l’heure j’écoute Purcell en attendant que mon vernis sèche et une brèche s’est ouverte dans le temps. Je pourrais aussi bien écrire à ma lointaine cousine d’une plume d’oie taillée… Toute mon âme s’apaise, et se retrouve ici et maintenant. Ou bien si loin, je ne sais pas. N’est-ce pas parfois la même chose? Être présence, n’est-ce pas parfois refuser d’entrer dans la course frénétique du monde pour plutôt écouter battre son cœur, l’écouter raconter son histoire… Et remettre les évènements de sa pauvre petite vie en perspective.

Dans les plus grands évènements de ma vie il y a toujours eu les rencontres. Une rencontre avec une œuvre, une ville, un paysage ou un livre me portent parfois au comble de l’émotion. Me changent profondément, me marquent pour la vie. Et parfois non, cela dépend. Parfois je me frotte les mains de plaisir anticipé en lisant la quatrième de couverture d’un livre, mais ne s’en suit que déception. Parfois je passe un très bon moment à écouter une musique, puis je l’oublie aussitôt. Parfois un endroit peut être franchement désagréable. Toutes ces rencontres me font avancer, me rendent actrice, me rendent libre aussi puisque je choisis.

Il en va de même avec les gens. De belles rencontres d’un jour, des côtoiements quotidiens, des frôlements éphémères, de longues randonnées en compagnonnage… Tout cela est beau. Riche. Difficile. Décevant. Heureux. Malsain. Encourageant. Usant. Nouveau. Et puis il y a l’amitié.

Il y a ce moment où l’amitié se profile.

Il y a cet instant où l’on veut passer de la rencontre à la relation.

Avant, la discussion s’est emballée, le plaisir de voir l’autre poindre dans sa routine a grandi, l’envie de partager aussi. Et puis mystérieusement, en un regard, une confidence, la confiance est donnée, l’intimité est là.

Mais pas cette fois. Pas aujourd’hui, où je suis déroutée par cette étrange excitation qui monte à l’idée de revoir ces nouveaux amis. Dérangée même. Au départ il y avait eu la fulgurance de nos échanges, comme si nous nous revoyions plutôt que nous nous découvrions. La sensation des les connaître déjà. Et puis, nous avons créé un groupe WhatsApp, et nos échanges ont continué, riches, intenses… trop intenses. Tous les jours, à propos de n’importe quoi. Des échanges passionnant ! Profonds, intelligents. Et parfois impudiques… J’ai l’impression qu’ils trouvent cela normal. Que cette intimité que nous avons est saine. Peut-être l’est-elle, après tout. Mais ne jouons nous pas à un jeu ? Cela n’est-il pas trop rapide pour que nous puissions nous montrer sous notre vrai jour ?

Le monde où nous vivons exige plus de vitesse, plus de sensations, plus de connaissances, de relations… Mais seule la lenteur permet de durer, et, finalement, d’être.

 

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